Interview du guitariste Wayne Krantz

Dans cet article, je me livre à  un petit exercice de style consistant en la transcription et la traduction d’une interview du guitariste américain Wayne Krantz, basé à  New-York. Il aborde des sujets importants tels que, sa conception du jazz, de l’improvisation, ou encore la relation entre les doigts et l' »oreille ». Dans cette interview disponible sur youtube, il répond à  4 questions, malheureusement celles-ci ont été escamotées au « montage ». On peut cependant facilement les déduire des réponses, car elles parlent d’elles-mêmes. Je précise que la traduction est davantage littéraire que littérale, mais j’ai cependant essayé de rester le plus proche possible du sens, de ne pas trahir le propos de Wayne Krantz.

Lien vers la vidéo youtube, cliquer ici

Question 1, traduction :

« J’ai choisi de définir le fait d’improviser avec des « formules », par le terme de « jeu compositionnel », c’est de cette façon que je le conçois. Cela s’apparente au fait de jouer quelque chose qui est déjà connu, d’utiliser des éléments que vous avez déjà joués auparavant et que vous jouez à nouveau. Il s’agit bien là de composition, et d’une certaine façon cela fonctionne un peu sur le modèle de la chanson.

C’est l’inverse de l’improvisation qui, de mon point de vue, est quelque chose qui est créée spontanément. Je ne veux pas dire qu’elle est produite à partir de rien, car nous avons tous notre propre mode de pensée, notre propre façon de jouer, mais l’énergie de ce qui est produit apparaît de façon plus spontanée, tout en utilisant quelque chose que nous connaissons déjà.

C’est d’ailleurs de là que vient la confusion à propos du fait de faire des « solos », tout comme le sens du mot « solo » d’ailleurs. A un certain moment, je me suis rendu compte que tous les solos n’étaient pas aussi improvisés que cela, certains l’étant plus que d’autres. Les musiciens improvisent dans le rock, et également dans d’autres types de musique. Mais ce que j’aime par rapport au Jazz, et ce qui fait que j’appelle ma musique du Jazz, est qu’elle contient beaucoup de parties improvisées. C’est le sens qu’a le terme Jazz pour moi, et pas nécessairement le lien avec le langage du bebop, ou du postbop…

Question 2, traduction :

« J’ai découvert assez tôt que si je donnais un accord chiffré au bassiste, sauf si celui-ci est un maître, le résultat obtenu était assez cliché, du moins c’est comme cela que je l’entends. Je n’utilise donc pas de symboles d’accords, je n’en ai jamais besoin sauf lorsque certains bassistes le demandent expressément. J’utilise juste un centre tonal comme par exemple : »une sorte de A ». En réalité, si vous dites cela à la majeure partie des bassistes, si vous dites que l’accord est une sorte de « A », ce que vous allez obtenir est quelque chose qui ressemble à :

Ce qui en soit fait l’effet d’une prison, et rend difficile le fait d’être créatif avec le fond. Ce que je veux dire par « A », c’est que la tension que nous créons va probablement se résoudre sur « A » de temps en temps. Il s’agit donc davantage d’un point de résolution que d’un point de départ.

Si vous avez une ligne de basse de ce type, tout ce que vous pouvez faire c’est de jouer un solo impressionnant, mais qui n’est pas en lien avec cette ligne. Celle-ci continue comme si il n’y avait pas de solo du tout.

Cette approche de la musique en couches superposées constitue ce qui est le plus souvent joué, je précise qu’il n’y a rien de mal à cela et que j’apprécie beaucoup ce type de musique, mais cette approche ne fonctionne pas dans la musique que nous essayons de faire ».

Question 3, traduction :

« Ma motivation principale aujourd’hui est d’être plus profondément en lien avec mon « oreille ». C’est vraiment cela fondamentalement, tout ce que je peux imaginer est en relation avec à cela. Si je peux être davantage en lien avec mon « oreille », alors tout se passera bien. C’est quelque chose de différent que d’étudier les gammes, d’en avoir une connaissance, de les mettre en pratique, d’être attentif aux changements d’accords qui y sont associés, et toute cette matière. Il s’agit d’une autre façon d’aborder le fait de jouer, c’est une direction que j’ai prise depuis 4 ans et je me sens toujours comme un débutant. Je me représente des choses que j’entends, et lorsque j’essaye de les jouer sur la guitare il m’arrive de me tromper. Cela montre que la « connection » n’est pas encore optimale, vous voyez c’est un peu comme si mes mains en étaient toujours à penser sur l’instrument ».

Question 4, traduction :

« Quelque soit ce que l’oreille entend, la question se situe au niveau de la relation entre la guitare et cela. Aussi longtemps que cette relation se renforce, ce que l’oreille entend n’a pas vraiment importance. Cela n’est pas contradictoire, car ce que vous décrivez c’est comme si l’oreille reconnaissait des « modèles » que la main a appris, et que tout à coup elle entendait un nouveau « modèle » que la main ne connait pas. Le type de relation auquel je fais allusion est plus profond, c’est le fait que l’idée est réellement connectée aux mains et se transmet via l’instrument. Si cette relation est assez forte, elle me permettrait de jouer tout ce que j’imagine.

Je ne parle pas, je n’entends d’ailleurs pas, et je doute d’y arriver un jour, d’une ligne mélodique qui soit aussi complexe que les phrases les plus rapides que Coltrane ait pu jouer. Vous comprenez bien que je ne parle pas de cela. Je fais plutôt allusion à des mélodies, à des enchaînements harmoniques simples, mais également à la sonorité. Le principal est que je suis en relation étroite avec mon oreille mélodique qui se concrétise sur la guitare pour la première fois depuis environ cinq ans. C’est vraiment récemment que je me suis rendu compte de ces mélodies que j’entendais et que je n’arrivais pas à jouer car je n’étais pas habitué à faire cette connexion. Ce phénomène est devenu de plus en plus fort, je le sens vraiment bien…

Transcription de l’interview originale en anglais :

« It’s just my own decision to call out playing a lick « compositional playing », that’s what I call it, like if you’re playing something that you know then it’s something you’ve played before and now you’re playing it again, that’s composition, it’s like a song at that point.
It’s opposed to improvisation which to me is something that is spontaneously created. I mean not out off nothingness because we all have our way of thinking our way of playing. But just generally
the energy of the things is more spontaneously generated then recreating something from before. And that’s the confusion about soloing like the word solo. At some point I realized not all solos are as improvisational as others solos, somewhere more improvisational one.
People improvise in rock too and in all music surely. And in jazz to me the thing I like about it, the thing it makes me call my music jazz, is that there is a lot of improvisation in it, that’s what that means to me, jazz means that. It doesn’t necessarily mean the language of bebop the language or post-bop and things like that ».

« I found out early on if I write a chord symbol down and give it to a bass player unless that person is a master, I get clich?, that’s what I hear. So I don’t use chord symbols what we use is sometimes, I don’t ever need it is as couple of favor of a some bass player I would. It’s just key centers like « it’s sort of an A » for example. But really if you tell that to most bass players, even great bass players in the world, if you say it’s a sot of an « A », what’s you’re gonna get is you know, you’re gonna get like « dooom tcht gadom dom … ».
Which is like a prison if we’re trying to be creative with the content.
What « A » means really is that all the tension that we create is probably going to resolve to « A » occasionally. So it’s really a kind of a point of resolution not a point of departure.
If you got a groove like that all that you can do is try to play an impressive solo over it which have nothing to do with that. That all just continue as if you’re not even taking a solo well.
So that kind of layered approach which is how most music is played, and I’m not saying there’s anything wrong with it at all so that’s some of my favorite music, but it’s just for we’re trying to do that doesn’t work ».

« My main interest right now is to connect more deeply with my ear and … I mean it’s basically that really, everything I can think are related to that. If I can get in touch with my ear more, everything is gonna be find.
And that’s a kind of different from learning scales and knowing about scales and practicing them and looking at chord changes as an siding scales to them and all that stuff.
It’s really a different way of playing and it’s a way that I shifted over to about for years ago and I’m still a kind of a beginner like. I stare still things that I hear and when I go to play on the guitar I fuck up. So that means the connection isn’t complete yet, you know I’m still a kind of my hands are still thinking on the guitar ».

« Whatever the ear hears I think it’s about the connection between the guitar and that.
And I think as long as that connection get stronger it doesn’t really matter what the ear hears. It’s not gonna confused because what you’re describing as is if the ear was hearing patterns that the hand learns and then suddenly the ear hears a new pattern and the hand doesn’t know that pattern. But I’m really talking about a deeper connection where really truly the idea is connected to your hands and is connected through the instrument, and that connection if it’s strong enough should be able to play anything I can imagine.
Because I’m not imagining, I don’t hear and I doubt I ever will hear like a line that’s as complex as you know the fastest Coltrane lick that he never came up with. You know what I mean, I’m not talking about that. I’m just talking about kind of more basic melody and harmony, and also sound too. But yeah mostly that I got in touch with this melodic ear that I have? on the guitar for the first time like maybe five years ago, it’s recent really, where I realize those hearing melodies that I wasn’t playing and when I try to play them I couldn’t because I wasn’t used to making that connection. That’s been getting stronger, that’s felt really good, I mean I never… ».

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